Oui, le solaire peut encore avoir du sens sans prime, mais le retour sur investissement est plus long et dépend beaucoup de ce que vous consommez en journée. Pour les projets dont la demande de raccordement est déposée à partir du 5 juin 2026, l’économie vient presque uniquement de l’électricité que vous ne achetez plus. Dans un cas favorable, comptez environ 11 à 17 ans ; dans un cas défavorable, l’installation risque de ne jamais se rembourser.
Ce que représentait la prime dans un budget
La prime à l’autoconsommation était une aide de l’État, versée selon la puissance installée, qui venait réduire le coût net du projet. Elle ne faisait pas la rentabilité à elle seule, mais elle raccourcissait le délai de retour sur investissement. Son montant exact dépendait de la puissance et de la date du dossier ; il ne s’agit donc pas ici de le reconstituer, mais de mesurer ce qui change.
L’arrêté tarifaire du 1er juin 2026 supprime cette prime pour les demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin 2026. Les projets déposés avant cette date conservent les anciennes conditions. Si votre dossier est déjà déposé, vérifiez auprès de votre installateur la date exacte de votre demande de raccordement.
Deux précisions utiles pour ne pas confondre les aides :
- MaPrimeRénov’ ne finance pas le photovoltaïque. Ne comptez pas dessus pour réduire votre devis.
- Des aides locales existent parfois selon les collectivités. Elles varient d’un territoire à l’autre : consultez notre page sur les aides et renseignez-vous auprès de France Rénov’.
La nouvelle équation économique
Pour les nouveaux projets, le calcul repose sur deux valeurs très différentes :
- un kWh autoconsommé vous évite d’acheter de l’électricité au réseau, soit environ 0,20 € TTC (ordre de grandeur) ;
- un kWh revendu est payé environ 1,1 c€, dans le cadre d’un contrat EDF Obligation d’Achat de 20 ans, indexé.
Un kWh autoconsommé vaut donc environ 18 fois un kWh revendu. La revente du surplus devient un complément marginal. Ce qui compte désormais, c’est la part de votre production que vous consommez vous-même. Pour comprendre ce mécanisme en détail, notre page sur l’autoconsommation photovoltaïque détaille les différents cas.
Côté fiscalité, la vente du surplus est exonérée d’impôt sur le revenu pour les installations de 3 kWc maximum, sous conditions. Vu le faible tarif de rachat, l’enjeu est toutefois modeste.
Le rôle de la TVA à 5,5 %
Depuis le 1er octobre 2025, la TVA est à 5,5 % pour les installations jusqu’à 9 kWc sur un bâtiment d’habitation. Cette condition est stricte : les panneaux doivent respecter des critères bas carbone (bilan carbone, teneurs en argent, plomb et cadmium), et un système de gestion de l’énergie doit piloter automatiquement au moins deux usages. À défaut, la TVA reste à 20 %. La batterie, elle, reste à 20 %.
Sur votre devis, vérifiez donc le taux de TVA appliqué et demandez à l’installateur de justifier que les conditions sont remplies. Les fourchettes de prix de cet article sont des prix posés TTC constatés ; l’écart entre le bas et le haut de la fourchette peut venir en partie de ce point.
Les cas favorables et les cas défavorables
Le projet a de bonnes chances de rester rentable si :
- vous êtes présent ou consommez de l’électricité en journée (télétravail, retraite, famille à la maison) ;
- vous pouvez décaler des usages vers la mi-journée : ballon d’eau chaude, lave-linge, lave-vaisselle, recharge d’un véhicule électrique ;
- votre toit est bien orienté et sans ombrage important ;
- vous habitez une région à forte production ;
- la puissance est dimensionnée sur votre consommation, pas sur la surface du toit.
Le projet est difficile à justifier si :
- la maison est vide la journée et vous ne pouvez pas décaler vos usages ;
- l’installation est surdimensionnée par rapport à votre consommation : le surplus, payé 1,1 c€, ne rembourse presque rien ;
- le toit est mal orienté, ombragé, ou soumis à des contraintes techniques coûteuses ;
- le devis se situe dans le haut des fourchettes de prix sans justification claire.
Dans les autres situations, tout se joue sur deux leviers : le taux d’autoconsommation et le prix payé au kWc.
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Premier levier : le taux d’autoconsommation
Le taux d’autoconsommation est la part de votre production que vous consommez sur place. Il dépend de la taille de l’installation, de votre consommation et de vos horaires. Plus vous consommez de votre production, plus l’installation produit une économie. Sans prime, c’est le facteur le plus déterminant.
Pour l’améliorer, plusieurs leviers existent :
- Dimensionner à la baisse : une installation un peu plus petite, mais mieux utilisée, peut être plus rentable qu’une grande installation dont on revend l’essentiel.
- Piloter les usages : un système de gestion de l’énergie qui déclenche le ballon d’eau chaude ou une recharge quand le soleil brille augmente la part consommée sur place. C’est aussi une condition de la TVA à 5,5 %.
- Décaler vos habitudes : lancer les appareils à programmation différée en milieu de journée coûte peu.
Et la batterie ?
La batterie stocke le surplus pour le restituer le soir. Un kWh déplacé de la revente vers l’autoconsommation gagne environ 0,19 € (0,20 € moins 0,011 €). Pour une batterie à 4 000 € (bas de la fourchette de 4 000 à 9 000 €), il faudrait déplacer environ 1 000 kWh par an pour économiser environ 190 € annuels, soit une vingtaine d’années pour amortir la seule batterie. C’est une hypothèse d’ordre de grandeur, pas une promesse : le résultat dépend de la capacité, de votre profil de consommation et du prix réel. Notre page sur les batteries solaires détaille ces cas.
Second levier : le prix payé au kWc
Le deuxième levier est le prix d’achat. Les prix posés TTC constatés donnent, ramenés au kWc :
| Puissance | Prix posé TTC constaté | Soit environ, par kWc |
|---|---|---|
| 3 kWc | 6 500 – 10 000 € | 2 170 – 3 330 € |
| 6 kWc | 11 000 – 16 000 € | 1 830 – 2 670 € |
| 9 kWc | 14 000 – 21 000 € | 1 560 – 2 330 € |
Le prix par kWc baisse avec la puissance, mais une grosse installation n’est rentable que si vous consommez beaucoup. L’écart de prix à puissance égale est important : le prix exact dépend de votre toit, du matériel, de l’onduleur, de la TVA applicable et des démarches incluses.
Pour comparer des devis, vérifiez à chaque fois :
- le prix au kWc et la production annuelle estimée ;
- le taux de TVA appliqué et sa justification ;
- la présence d’un système de gestion de l’énergie ;
- la qualification RGE QualiPV, nécessaire pour l’obligation d’achat, et la garantie décennale ;
- la prise en charge des démarches : déclaration préalable de travaux, avis de l’ABF en secteur protégé, raccordement Enedis (dans la plupart des communes) et Consuel.
Comparer plusieurs offres reste le moyen le plus simple d’éviter de payer dans le haut de la fourchette. Méfiez-vous des offres d’« installation gratuite » ou « autofinancée » proposées par démarchage : une installation a un coût, et ces formules cachent souvent un financement. En cas de contrat signé hors établissement, vous disposez de 14 jours de rétractation.
Conclusion chiffrée sur trois scénarios
Voici trois cas simplifiés, calculés avec les valeurs de cet article : 0,20 €/kWh pour l’électricité autoconsommée, 0,011 €/kWh pour le surplus. Les productions viennent de PVGIS (orientation optimale), et les prix des fourchettes constatées.
| Scénario | Production annuelle | Part autoconsommée | Gain annuel estimé | Prix posé TTC | Retour simple |
|---|---|---|---|---|---|
| Favorable : 3 kWc, Bouches-du-Rhône | ≈ 4 770 kWh | 60 % | ≈ 590 € | 6 500 – 10 000 € | ≈ 11 à 17 ans |
| Intermédiaire : 3 kWc, Île-de-France | ≈ 3 390 kWh | 50 % | ≈ 360 € | 6 500 – 10 000 € | ≈ 18 à 28 ans |
| Défavorable : 9 kWc, Meuse | ≈ 9 360 kWh | 25 % | ≈ 545 € | 14 000 – 21 000 € | ≈ 26 à 39 ans |
Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Ils supposent un prix de l’électricité stable, sans hausse, et n’incluent ni l’entretien ni un éventuel remplacement de l’onduleur. Si l’électricité augmente, le retour sur investissement raccourcit ; si votre consommation en journée est plus faible que prévu, il s’allonge. Seul un devis chiffré, avec une estimation de production adaptée à votre toit, donne un résultat fiable pour votre cas. Pour situer votre région, la page production solaire par département donne un repère.
Ce qu’il faut retenir :
- dans le scénario favorable, le projet garde du sens, avec un retour d’environ 11 à 17 ans ;
- dans le scénario intermédiaire, il se joue sur le prix obtenu et vos habitudes : la décision est plus fine ;
- dans le scénario défavorable, l’installation est surdimensionnée par rapport à la consommation et ne se rembourse sans doute pas.
Le plus utile est de partir de votre consommation réelle en journée, puis de comparer. Vous pouvez demander un devis gratuit : jusqu’à trois installateurs RGE de votre département vous contactent, et vous restez libre de refuser.
Questions fréquentes
Mon dossier de raccordement a été déposé avant le 5 juin 2026 : quelles conditions s’appliquent ?
Les projets dont la demande de raccordement a été déposée avant le 5 juin 2026 conservent les anciennes conditions, y compris la prime à l’autoconsommation. Vérifiez la date de dépôt de votre demande avec votre installateur ou votre accusé de réception Enedis.
La batterie est-elle rentable sans prime ?
Rarement, sauf si elle déplace une quantité importante d’électricité vers vos soirées. Avec une batterie à 4 000 € qui déplacerait environ 1 000 kWh par an, l’amortissement de la seule batterie prendrait une vingtaine d’années, et la TVA reste à 20 % sur ce poste. Demandez toujours un chiffrage avec et sans batterie.
Peut-on se fier à une offre d’installation « gratuite » ou « autofinancée » ?
Non : une installation photovoltaïque a un coût, et ces formules reposent souvent sur un financement ou des promesses difficiles à tenir. Si vous signez chez vous après un démarchage, vous disposez de 14 jours pour vous rétracter ; vérifiez aussi la qualification RGE QualiPV et la garantie décennale avant de vous engager.