Une visite technique sérieuse ne se limite pas à un tour de maison avec un mètre ruban : elle examine la toiture et la charpente, l’ombrage, le tableau électrique, les cheminements de câbles et vos habitudes de consommation. Elle se conclut par un compte-rendu écrit sur lequel s’appuie le devis. Voici, point par point, ce que vous êtes en droit de vérifier chez vous.
Étude de la toiture et de la charpente
C’est le premier contrôle, et le plus structurant. Le technicien doit monter sur le toit, ou à défaut examiner la couverture de près et accéder aux combles. Une simple photo satellite ne suffit pas à valider un chantier.
Ce qui doit être relevé sur la couverture
- L’orientation et l’inclinaison de chaque pan, mesurées sur place. Elles déterminent la production attendue.
- La surface réellement utilisable, une fois déduits les débords, les fenêtres de toit, les cheminées, les évents et les zones de sécurité autour des rives.
- La nature et l’état de la couverture : tuiles, ardoises, bac acier, etc. Des tuiles cassées ou une étanchéité douteuse doivent être traitées avant la pose, pas après.
- La présence éventuelle d’amiante sur les toitures anciennes en fibrociment. Elle change complètement la nature du chantier et doit être signalée.
Ce qui doit être contrôlé sur la charpente
Des panneaux ajoutent une charge permanente sur la toiture et prennent le vent comme une voile. Le professionnel doit donc observer la charpente par les combles : section et espacement des chevrons, état du bois (humidité, insectes, flèche visible) et points de fixation possibles. Si un doute existe, il doit le dire et proposer un avis de charpentier ou de bureau d’études. Un installateur qui affirme « ça passe toujours » sans avoir regardé les combles ne fait pas son travail.
Cette étape sert aussi à cadrer les démarches : la déclaration préalable de travaux en mairie est obligatoire, et en secteur protégé, l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) peut imposer des contraintes sur le choix et l’aspect des panneaux. Le technicien doit vous dire si votre adresse est concernée.
Relevé d’ombrage sur l’année
Un panneau partiellement ombragé produit moins, et sur une même série de panneaux, l’ombre sur un seul module peut pénaliser l’ensemble selon le type d’onduleur. Le relevé d’ombrage ne doit donc pas être fait « à l’œil » un après-midi d’été.
Une méthode sérieuse tient compte de la course du soleil tout au long de l’année, en particulier l’hiver, quand le soleil est bas et que l’ombre des arbres, d’un bâtiment voisin ou d’une cheminée s’allonge. Elle s’appuie en général sur un outil dédié (masque d’horizon, application de relevé ou logiciel de simulation) et sur des photos prises depuis le futur emplacement des panneaux.
Ce relevé doit déboucher sur un chiffre de pertes d’ombrage, intégré au calcul de production. Pour situer l’ordre de grandeur, voici la production théorique d’une installation bien orientée, d’après PVGIS, à partir des valeurs par kWc de trois territoires :
| Territoire | kWh/kWc/an (orientation optimale) | Pour 3 kWc | Pour 6 kWc |
|---|---|---|---|
| Meuse | ≈ 1 040 | ≈ 3 120 kWh | ≈ 6 240 kWh |
| Île-de-France | ≈ 1 130 | ≈ 3 390 kWh | ≈ 6 780 kWh |
| Bouches-du-Rhône | ≈ 1 590 | ≈ 4 770 kWh | ≈ 9 540 kWh |
Ces valeurs sont des maximums théoriques : l’ombrage, une orientation moins favorable ou une inclinaison atypique les font baisser. Si l’estimation qui vous est remise dépasse ces références pour votre région, posez la question. Vous pouvez comparer avec les données de la page production solaire par département.
Tableau électrique, terre et protections
Le côté électrique est celui que les particuliers regardent le moins, alors qu’il conditionne la sécurité et la conformité. Le technicien doit ouvrir votre tableau et regarder :
- L’âge et l’état du tableau : un ancien tableau à fusibles ou sans protection différentielle suffisante devra probablement être mis aux normes.
- La prise de terre : sa présence, son état et, idéalement, une mesure de sa valeur. Une terre défaillante est un point bloquant pour la sécurité de l’installation.
- Les protections différentielles et les disjoncteurs, ainsi que la place disponible pour ajouter les protections dédiées au photovoltaïque.
- Le type d’alimentation (monophasée ou triphasée), qui influence le choix de l’onduleur.
- La distance au compteur et au point de raccordement.
- Le besoin éventuel d’un parafoudre, à justifier selon la situation du bâtiment.
Les travaux de remise aux normes ne sont pas toujours inclus dans le prix de base. Leur montant dépend de l’état de votre installation et ne peut apparaître que sur le devis : exigez qu’ils soient chiffrés ligne par ligne ou explicitement exclus. Rappelez-vous aussi que l’installation devra obtenir l’attestation du Consuel et faire l’objet d’un raccordement par Enedis (dans la plupart des communes) : un tableau non conforme peut retarder ces étapes.
Pour mieux comprendre ce que recouvre un projet complet, vous pouvez consulter notre page sur l’installation photovoltaïque.
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Cheminements de câbles et emplacement de l’onduleur
Un bon technicien ne se contente pas de dire « l’onduleur ira dans le garage ». Il doit repérer le trajet exact des câbles entre les panneaux, l’onduleur et le tableau, et vous le montrer.
Les câbles
- Le passage de la toiture vers l’intérieur : par les combles, par une gaine existante ou par l’extérieur. Il doit préserver l’étanchéité.
- La longueur des câbles : plus elle est grande, plus les pertes et le coût augmentent.
- La protection des câbles (goulottes, gaines) et leur éloignement des zones de chaleur ou de passage.
- Le point de coupure accessible en cas d’intervention ou d’incendie.
L’onduleur
L’emplacement doit être ventilé, accessible, à l’abri de l’humidité et de l’exposition directe au soleil, et le plus proche possible du tableau électrique. Il faut aussi vérifier la connexion Internet à cet endroit, car le suivi de production en dépend. Le choix entre onduleur central et micro-onduleurs dépend notamment de l’ombrage relevé plus tôt : détails sur la page onduleurs.
Si vous envisagez une batterie, prévoyez dès la visite sa place : elle demande un local adapté et des protections spécifiques. Son coût s’ajoute au projet, dans une fourchette de 4 000 à 9 000 € selon la capacité, et la TVA reste à 20 % sur ce poste. Voir notre page batteries solaires pour juger de l’intérêt.
Analyse de la consommation du foyer
C’est l’étape qui sépare une vraie étude d’un simple devis commercial. Depuis la demande de raccordement déposée à partir du 5 juin 2026, le surplus injecté sur le réseau est racheté environ 1,1 c€/kWh (contrat EDF OA de 20 ans, indexé) et la prime à l’autoconsommation est supprimée. Les projets déposés avant cette date conservent les anciennes conditions.
Concrètement, l’électricité du réseau coûte environ 0,20 €/kWh TTC : un kWh que vous consommez vous-même vaut donc environ 18 fois un kWh revendu. La rentabilité repose donc surtout sur la part de production que vous consommez en direct. Dimensionner l’installation sans connaître vos usages revient à deviner.
Le technicien doit donc vous demander, et utiliser :
- vos factures d’électricité des douze derniers mois ;
- si possible votre courbe de charge (consommation heure par heure), consultable depuis votre espace client Enedis si vous avez un compteur communicant ;
- vos habitudes de présence : télétravail, maison vide en journée, résidence secondaire ;
- vos gros postes de consommation : chauffe-eau, chauffage électrique ou pompe à chaleur, véhicule électrique, piscine ;
- vos projets : achat d’un véhicule électrique, changement de chauffage.
À partir de ces éléments, il doit estimer le taux d’autoconsommation et expliquer comment l’augmenter, par exemple en décalant certains usages en journée. Ce raisonnement est détaillé sur notre page autoconsommation.
Le lien avec la TVA à 5,5 %
Depuis le 1er octobre 2025, la TVA à 5,5 % s’applique aux installations jusqu’à 9 kWc sur un bâtiment d’habitation, mais uniquement si deux conditions sont réunies : des panneaux respectant des critères bas carbone stricts (bilan carbone, teneurs en argent, plomb, cadmium) et un système de gestion de l’énergie qui pilote automatiquement au moins deux usages. Sinon, la TVA est de 20 %. Lors de la visite, demandez quels usages seraient pilotés chez vous (chauffe-eau, recharge de véhicule, etc.) et sur quel document l’installateur s’appuie pour attester la conformité des panneaux. Une promesse orale ne suffit pas.
Enfin, MaPrimeRénov’ ne finance pas le photovoltaïque. Des aides locales existent selon les collectivités : le point est à vérifier via France Rénov’ ou sur notre page aides pour panneaux solaires.
Le compte-rendu écrit à exiger
Une visite sans trace écrite ne vous protège pas. Demandez un document, remis avant ou avec le devis, qui reprend les constats faits chez vous. Il doit au minimum contenir :
- Vos coordonnées et l’adresse du chantier, la date de la visite et le nom du technicien.
- Les constats sur la toiture et la charpente, avec photos : orientation, inclinaison, état, surface utilisable, réserves éventuelles.
- Le relevé d’ombrage et le pourcentage de pertes retenu.
- Le plan d’implantation des panneaux et la puissance proposée en kWc.
- L’état du tableau électrique, de la terre, et les travaux de mise aux normes nécessaires ou exclus.
- L’emplacement de l’onduleur (et de la batterie le cas échéant) et le cheminement des câbles.
- La production annuelle estimée, avec ses hypothèses et sa source (par exemple PVGIS).
- L’analyse de consommation et le taux d’autoconsommation estimé.
- Les démarches prises en charge : déclaration préalable, ABF si besoin, demande de raccordement Enedis, Consuel.
- Le taux de TVA appliqué (5,5 % ou 20 %) et ce qui le justifie.
Vérifiez aussi les mentions de l’entreprise : qualification RGE QualiPV (nécessaire pour l’obligation d’achat) et garantie décennale en cours de validité, avec attestation. Pour situer les devis, voici les prix posés TTC constatés :
| Puissance | Prix posé TTC constaté |
|---|---|
| 3 kWc | 6 500 – 10 000 € |
| 6 kWc | 11 000 – 16 000 € |
| 9 kWc | 14 000 – 21 000 € |
Ces fourchettes sont indicatives : votre prix dépendra de la toiture, des travaux électriques et du matériel. Un devis très en dessous peut signaler des postes oubliés.
Les signaux d’alerte
- Une « visite » réduite à quelques minutes, sans montée sur le toit ni ouverture du tableau.
- Un devis remis sur place, avec pression pour signer le jour même.
- Un discours d’« installation gratuite » ou « autofinancée » : méfiez-vous, ces promesses sont typiques du démarchage abusif.
- Aucune mention du taux de TVA, des qualifications ou du coût des travaux électriques.
Si vous signez un contrat hors établissement (à votre domicile, par exemple), vous disposez de 14 jours de rétractation. Prenez le temps de comparer : l’idéal est d’obtenir plusieurs comptes-rendus et de les lire côte à côte. Vous pouvez pour cela demander un devis gratuit : jusqu’à trois installateurs RGE de votre département vous contactent pour proposer leur visite technique.
Questions fréquentes
La visite technique est-elle gratuite et m’engage-t-elle à acheter ?
Elle est en général proposée sans frais avant le devis, mais demandez-le par écrit avant le rendez-vous. Elle ne vous engage à rien tant que vous n’avez pas signé de devis : ne signez rien le jour même, et rappelez-vous que le contrat conclu hors établissement ouvre un délai de rétractation de 14 jours.
Une étude réalisée à distance suffit-elle ?
Elle peut donner une première estimation de production à partir de votre adresse, de photos et de PVGIS, mais elle ne remplace pas la visite : seule une présence sur place permet de contrôler la charpente, le tableau électrique, la terre et les cheminements de câbles. Méfiez-vous d’un devis ferme sans aucune visite.
Le tarif de rachat dépend-il de la date de la visite ?
Non, il dépend de la date de dépôt de la demande de raccordement. Pour les demandes déposées à partir du 5 juin 2026, le surplus est racheté environ 1,1 c€/kWh et la prime à l’autoconsommation est supprimée ; les projets déposés avant conservent les anciennes conditions. Demandez à l’installateur à quelle date il compte déposer votre dossier.