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Simulateur solaire : lire et challenger les hypothèses

Publié le 13 octobre 2026 · 9 min de lecture

Un simulateur de panneaux solaires est fiable lorsque ses hypothèses sont affichées, réalistes et vérifiables : le résultat n’a de valeur que celle des chiffres qu’on y a saisis. Pour juger les simulations jointes à vos devis, il suffit de contrôler une poignée de paramètres, notamment la part d’électricité que vous consommez vous-même, l’évolution du prix du kWh, le prix de l’installation et les coûts oubliés. Vous pouvez ensuite refaire le calcul à la main en dix minutes.

Les huit hypothèses qui changent tout

Derrière un « retour sur investissement en 8 ans » ou une « économie de 1 200 € par an », il y a toujours des hypothèses. Voici les huit à repérer dans chaque simulation, de préférence noir sur blanc :

  1. La production annuelle (en kWh par kWc installé), qui dépend du département, de l’orientation, de l’inclinaison et des ombrages.
  2. Le taux d’autoconsommation : la part de la production que vous consommez vous-même.
  3. Le prix du kWh évité, c’est-à-dire ce que vous payez aujourd’hui à votre fournisseur.
  4. L’inflation de l’électricité retenue chaque année.
  5. Le rachat du surplus et la prime, qui ont changé pour les dossiers récents.
  6. Le prix de l’installation : TTC ou HT, avec quelle TVA, avec ou sans batterie, avec quelles aides déduites.
  7. La maintenance et les remplacements : onduleur, batterie, entretien, assurance.
  8. La durée et la baisse de rendement : sur combien d’années le calcul est fait, et avec quelle perte de production au fil du temps.

Commencez par la première. La production varie fortement selon la région : d’après PVGIS, avec une orientation optimale, on obtient environ 1 040 kWh/kWc/an en Meuse, environ 1 130 en Île-de-France et environ 1 590 dans les Bouches-du-Rhône. Si un simulateur annonce 1 500 kWh/kWc pour une maison du Nord ou de l’Île-de-France, il y a un problème. Vous pouvez comparer avec les valeurs de la production par département. Pour un toit mal orienté ou partiellement ombragé, la production sera plus basse que ces références : demandez à l’installateur la valeur retenue et sa source.

Taux d’autoconsommation trop optimiste

C’est l’hypothèse la plus sensible, parce qu’un kWh autoconsommé vaut environ 18 fois un kWh revendu : l’électricité du réseau coûte à peu près 0,20 €/kWh TTC, alors que le surplus est racheté environ 1,1 c€/kWh pour les demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin 2026. Les projets déposés avant cette date gardent les anciennes conditions. Pour les dossiers récents, la prime à l’autoconsommation est supprimée. Quasiment toute la rentabilité repose donc sur ce que vous consommez au moment où les panneaux produisent.

Voici ce que cela donne pour une installation de 6 kWc en Île-de-France (≈ 6 780 kWh/an), pour un dossier soumis aux nouvelles conditions. Il s’agit d’un exercice de calcul, pas d’une prévision :

Taux d’autoconsommation Économie sur la facture Revente du surplus Gain annuel approximatif
30 % ≈ 407 € ≈ 52 € ≈ 459 €
50 % ≈ 678 € ≈ 37 € ≈ 715 €
70 % ≈ 949 € ≈ 22 € ≈ 972 €

Entre 30 % et 70 %, le gain annuel est plus que doublé, sans que rien ne change à l’installation. Une simulation qui affiche un taux élevé doit donc le justifier. Posez ces questions à l’installateur :

Si la maison est vide en journée, un taux élevé est peu crédible sans pilotage ni batterie. À l’inverse, un télétravail ou un chauffe-eau bien piloté peuvent aider. Le principe est détaillé dans notre page sur l’autoconsommation.

Attention aussi à la batterie présentée comme la solution miracle. Elle coûte 4 000 à 9 000 € selon la capacité, et sa TVA reste à 20 %. Si elle fait passer l’autoconsommation de 40 % à 70 % sur les 6 780 kWh de l’exemple, le gain supplémentaire est d’environ 380 € par an (2 034 kWh × 0,19 €). Pour la batterie seule, cela fait une dizaine d’années au mieux, et plus de vingt dans le cas d’une batterie à 9 000 €, avant prise en compte des pertes et de la durée de vie. Détail à demander dans le devis, et à relire sur la page batteries solaires.

Inflation de l’électricité surestimée

La plupart des simulations projettent le prix de l’électricité sur 20 ou 25 ans, avec une hausse annuelle fixe. Personne ne connaît la trajectoire future des prix : c’est une hypothèse, pas un fait. Or son effet est considérable. À 3 % par an, le prix est multiplié par un peu plus de 2 en 25 ans : un kWh à 0,20 € passerait à environ 0,42 €. Ce n’est pas une prévision, juste de l’arithmétique, mais elle montre pourquoi un taux de 4 ou 5 % « par prudence » rend n’importe quel projet rentable sur le papier.

Pour tester une simulation :

Un bon devis présente au moins deux scénarios, un prudent et un favorable. Une seule courbe très optimiste doit vous alerter.

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Le prix au kWc retenu dans le calcul

Le prix de l’installation est le dénominateur de tout le calcul. Les prix posés TTC constatés se situent dans ces fourchettes, avec ce qu’elles représentent par kWc :

Puissance Prix posé TTC Soit par kWc (environ)
3 kWc 6 500 – 10 000 € 2 170 – 3 330 €
6 kWc 11 000 – 16 000 € 1 830 – 2 670 €
9 kWc 14 000 – 21 000 € 1 560 – 2 330 €

Ces fourchettes sont larges, parce que le prix dépend du matériel, de la toiture et des options. Elles servent à repérer un devis très au-dessus ou très en dessous. Pour comparer deux offres sérieusement, vérifiez les points suivants :

Maintenance et remplacements oubliés

Beaucoup de simulations s’arrêtent à l’investissement initial et aux économies annuelles. Or une installation sur 20 ou 25 ans a aussi des coûts :

Côté obligations, l’installateur doit être qualifié RGE QualiPV (indispensable pour bénéficier de l’obligation d’achat) et fournir une garantie décennale. Ces éléments doivent figurer dans le devis. Si une simulation ne prévoit aucun coût de maintenance sur 25 ans, ajoutez vous-même une provision : son montant dépend du devis et du matériel.

Refaire le calcul soi-même en dix minutes

Munissez-vous du devis, de la simulation et de votre dernière facture d’électricité. Puis :

  1. Production annuelle : puissance en kWc × production par kWc de votre département (entre 1 040 et 1 590 kWh/kWc/an, selon la zone). Exemple : 6 kWc × 1 130 = 6 780 kWh.
  2. Autoconsommation : testez trois taux, par exemple 30 %, 50 % et 70 %, et gardez celui qui correspond à votre mode de vie.
  3. Économie : kWh autoconsommés × votre prix du kWh TTC (environ 0,20 €), plus le surplus × 0,011 € pour les dossiers déposés à partir du 5 juin 2026.
  4. Coût net : prix TTC du devis, moins les aides réellement acquises, plus une provision pour remplacements.
  5. Durée d’amortissement simple : coût net ÷ gain annuel, sans inflation dans un premier temps.

Avec un prix de 13 500 € (le milieu de la fourchette pour 6 kWc) et les gains du tableau plus haut, on obtient une durée d’amortissement d’environ 29 ans à 30 % d’autoconsommation, 19 ans à 50 % et 14 ans à 70 %. Le gain varie énormément avec un seul paramètre, et c’est justement pour cela qu’il faut le vérifier. Si votre simulation annonce 8 ou 9 ans, repérez l’hypothèse qui explique l’écart : taux d’autoconsommation, inflation, prix ou aide non justifiés.

L’exonération d’impôt sur le revenu du surplus (installations ≤ 3 kWc, sous conditions) a un effet limité, vu le faible tarif de rachat. Ce n’est pas elle qui rendra le projet rentable.

Quelques réflexes complémentaires avant de signer :

Si vous souhaitez obtenir des simulations comparables, demandez jusqu’à trois devis auprès d’installateurs RGE de votre département, gratuitement et sans engagement : comparez-les avec la grille ci-dessus.

Questions fréquentes

Un simulateur en ligne peut-il être vraiment fiable ?

Il peut l’être s’il affiche ses hypothèses (production, autoconsommation, prix de l’électricité, inflation, coûts de maintenance) et si vous pouvez les modifier. Un résultat sans hypothèses visibles n’est pas vérifiable ; considérez-le comme une estimation commerciale, à recouper avec votre propre calcul et les valeurs de production de votre département.

Quel taux d’autoconsommation faut-il retenir ?

Il n’existe pas de valeur universelle : tout dépend de vos horaires de présence, de vos équipements, du pilotage des usages et de l’éventuelle batterie. Testez plusieurs scénarios (par exemple 30 %, 50 % et 70 %) et demandez à l’installateur de justifier celui qu’il a choisi à partir de votre consommation réelle.

Puis-je annuler si la simulation m’a induit en erreur ?

Pour un contrat signé hors établissement (à domicile, notamment), vous disposez d’un délai de rétractation de 14 jours. Relisez calmement le devis et la simulation pendant ce délai, comparez avec d’autres offres, et conservez les documents échangés : ils vous seront utiles en cas de désaccord.

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