Oui, la prime à l’autoconsommation est bien supprimée : l’arrêté tarifaire du 1er juin 2026 y met fin pour toutes les demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin 2026. Les dossiers envoyés avant cette date conservent les anciennes conditions. Reste à savoir ce que cela change concrètement pour un projet résidentiel, et par quoi compenser cette disparition.
Ce que prévoit l’arrêté du 1er juin 2026
Le nouvel arrêté tarifaire modifie deux paramètres majeurs du photovoltaïque résidentiel en vente de surplus :
- La prime à l’autoconsommation est supprimée. Cette aide, versée par l’État via le gestionnaire de réseau au moment de la mise en service, n’existe plus pour les nouvelles demandes.
- Le tarif de rachat du surplus tombe à environ 1,1 c€/kWh, dans le cadre d’un contrat d’obligation d’achat EDF OA d’une durée de 20 ans, indexé.
La date qui compte est celle du dépôt de la demande de raccordement, et non celle de la signature du devis ou de la pose des panneaux. C’est un point important : entre la signature d’un contrat et le dépôt effectif du dossier par l’installateur, il peut s’écouler plusieurs jours ou semaines.
Ce qui ne change pas, en revanche : le cadre technique et administratif reste identique. Il faut toujours passer par un installateur titulaire de la qualification RGE QualiPV pour bénéficier de l’obligation d’achat, disposer d’une garantie décennale, déposer une déclaration préalable de travaux en mairie, obtenir l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France en secteur protégé, faire valider l’installation par le Consuel et demander le raccordement à Enedis dans la plupart des communes.
Qui peut encore en bénéficier selon la date de demande
La règle est binaire et se résume en une ligne :
- Demande de raccordement déposée avant le 5 juin 2026 : le projet conserve les anciennes conditions, prime à l’autoconsommation comprise, ainsi que le tarif de rachat en vigueur au moment du dépôt.
- Demande déposée à partir du 5 juin 2026 : plus de prime, et surplus racheté autour de 1,1 c€/kWh pendant 20 ans.
Si vous avez signé un devis il y a quelques mois et que votre chantier n’est pas terminé, cela ne signifie pas que vous perdez la prime : vérifiez auprès de votre installateur la date exacte de dépôt du dossier de raccordement, et demandez-en une trace écrite. C’est cette pièce qui fera foi.
Si votre projet n’a pas encore démarré, inutile d’espérer un rattrapage : les nouvelles conditions s’appliquent. Mieux vaut raisonner à partir du cadre actuel, qui reste favorable pour une raison simple que nous détaillons plus bas — la valeur d’un kWh consommé chez vous est sans commune mesure avec celle d’un kWh revendu.
Impact concret sur le budget d’un projet 6 kWc
Prenons une installation de 6 kWc, taille courante pour une maison familiale. Les prix posés TTC constatés se situent entre 11 000 et 16 000 € selon la qualité du matériel, la complexité de la toiture et la région. Un 3 kWc se situe plutôt entre 6 500 et 10 000 €, un 9 kWc entre 14 000 et 21 000 €. Ces fourchettes sont larges : seul un devis détaillé permet de se situer.
La disparition de la prime se traduit par un coût net plus élevé au démarrage, puisqu’il n’y a plus de versement à la mise en service. Et la baisse du tarif de rachat rend la revente de surplus quasi symbolique. L’équilibre économique repose donc désormais presque entièrement sur l’électricité que vous consommez vous-même.
Illustration avec un 6 kWc en Île-de-France, où la production est d’environ 1 130 kWh/kWc/an en orientation optimale, soit environ 6 800 kWh par an. L’électricité du réseau coûte de l’ordre de 0,20 €/kWh TTC.
| Taux d’autoconsommation | Économies sur la facture | Revenus du surplus (1,1 c€/kWh) | Valorisation annuelle |
|---|---|---|---|
| 30 % | ≈ 405 € | ≈ 52 € | ≈ 460 € |
| 50 % | ≈ 680 € | ≈ 37 € | ≈ 715 € |
| 70 % | ≈ 950 € | ≈ 22 € | ≈ 970 € |
Ces montants sont des ordres de grandeur, calculés à prix de l’électricité constant. Ils montrent surtout une chose : passer de 30 % à 70 % d’autoconsommation double environ la valeur produite par la même installation, alors que le surplus revendu, lui, ne pèse presque rien. Un kWh que vous consommez vaut environ 18 fois un kWh que vous revendez.
La production varie fortement selon le département : on passe d’environ 1 040 kWh/kWc/an dans la Meuse à environ 1 590 kWh/kWc/an dans les Bouches-du-Rhône. Vous pouvez consulter les rendements par département pour affiner votre estimation, par exemple pour les Bouches-du-Rhône ou le Nord.
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Ce qui reste : TVA réduite et aides locales
La TVA à 5,5 %, sous conditions strictes
Depuis le 1er octobre 2025, les installations jusqu’à 9 kWc posées sur un bâtiment d’habitation peuvent bénéficier d’une TVA à 5,5 %. Mais deux conditions cumulatives s’appliquent :
- Les panneaux doivent respecter des critères bas carbone stricts : bilan carbone du module, teneurs limitées en argent, en plomb et en cadmium.
- L’installation doit comporter un système de gestion de l’énergie pilotant automatiquement au moins deux usages (ballon d’eau chaude, chauffage, borne de recharge, etc.).
Si l’une des deux conditions n’est pas remplie, la TVA reste à 20 %. À prix hors taxes équivalent, l’écart représente de l’ordre de 1 300 à 1 900 € sur un 6 kWc — soit un montant du même ordre que ce que la prime pouvait représenter. Demandez systématiquement à votre installateur de mentionner par écrit le taux de TVA appliqué et de justifier l’éligibilité des modules. À noter : la batterie de stockage reste taxée à 20 %, et son prix se situe entre 4 000 et 9 000 € selon la capacité.
Les autres dispositifs
MaPrimeRénov’ ne finance pas le photovoltaïque : ce point revient souvent et mérite d’être clarifié. En revanche, certaines régions, départements, intercommunalités ou communes proposent leurs propres coups de pouce. Le réseau France Rénov’ est la source la plus fiable pour les identifier près de chez vous. Nous récapitulons l’essentiel sur notre page dédiée aux aides aux panneaux solaires.
Enfin, les revenus tirés de la vente du surplus sont exonérés d’impôt sur le revenu pour les installations de 3 kWc ou moins, sous conditions. Avec un tarif de rachat à 1,1 c€/kWh, l’enjeu fiscal devient toutefois marginal.
Faut-il repousser ou avancer son projet ?
La question se pose légitimement. Quelques repères honnêtes :
- Attendre une réouverture de la prime est un pari. Aucun texte ne l’annonce. Décaler son projet dans cet espoir, c’est surtout repousser les économies de facture, qui constituent désormais l’essentiel du gain.
- Le prix du matériel a davantage d’impact que la prime. Entre le bas et le haut des fourchettes constatées sur un 6 kWc, l’écart atteint 5 000 €. Comparer plusieurs devis pèse donc plus lourd, aujourd’hui, que n’importe quelle aide.
- Le dimensionnement compte plus qu’avant. Surdimensionner pour revendre n’a plus de sens à 1,1 c€/kWh. Mieux vaut caler la puissance sur votre consommation réelle en journée.
- La vigilance reste de mise. Le démarchage promettant une « installation gratuite » ou « intégralement autofinancée » doit vous alerter. Pour un contrat signé hors établissement, vous disposez d’un délai de rétractation de 14 jours.
Pour comparer sereinement, demandez au moins trois devis d’installateurs RGE de votre département et exigez le même niveau de détail : marque et modèle des modules, type d’onduleur, garanties, taux de TVA appliqué, estimation de production annuelle.
La nouvelle logique : autoconsommer plutôt que subventionner
Le message envoyé par l’arrêté est clair : l’État ne rémunère plus l’injection d’électricité solaire sur le réseau en journée, période où celui-ci est déjà largement approvisionné. La valeur se déplace du réseau vers votre compteur.
Concrètement, un projet rentable en 2026 est un projet dont le taux d’autoconsommation est élevé. Plusieurs leviers y contribuent :
- Programmer le ballon d’eau chaude en milieu de journée plutôt qu’en heures creuses nocturnes.
- Décaler lave-linge, lave-vaisselle et sèche-linge sur les heures ensoleillées.
- Recharger un véhicule électrique en journée quand c’est possible.
- Installer un gestionnaire d’énergie qui pilote ces usages automatiquement — également requis pour la TVA à 5,5 %.
- Envisager une batterie si votre consommation est majoritairement en soirée, en sachant qu’elle reste à 20 % de TVA et qu’elle allonge le retour sur investissement.
Avec un taux d’autoconsommation élevé, un projet bien dimensionné et correctement négocié conserve une logique économique, même sans prime. C’est précisément ce que nous détaillons dans notre guide de l’autoconsommation solaire.
Questions fréquentes
J’ai signé mon devis en mai 2026, ai-je encore droit à la prime ?
Cela dépend uniquement de la date de dépôt de la demande de raccordement, pas de la date de signature. Si le dossier a été déposé avant le 5 juin 2026, votre projet conserve les anciennes conditions, prime comprise. Demandez à votre installateur une preuve écrite de cette date.
Le photovoltaïque reste-t-il intéressant sans prime à l’autoconsommation ?
Il peut l’être, à condition de consommer soi-même une part importante de la production : un kWh autoconsommé vaut environ 18 fois un kWh revendu au tarif actuel. Le retour sur investissement dépend du prix du devis, de votre région et de vos habitudes de consommation.
Comment savoir si mon installation aura bien la TVA à 5,5 % ?
Le devis doit indiquer le taux appliqué, et l’installateur doit pouvoir justifier que les modules respectent les critères bas carbone (bilan carbone, argent, plomb, cadmium) et qu’un système de gestion pilote automatiquement au moins deux usages. Sans ces deux conditions, la TVA est de 20 %.